N’est-il pas paradoxal que, grosso modo 20 ans après avoir été abandonnée dans toutes les entreprises, la boîte à idées revienne au devant de la scène via la grande porte des nouvelles technologies ? La vieille boîte en carton trouée placée au milieu de l’atelier a été remplacée par un système complexe et cher auquel les ouvriers n’ont généralement pas accès… Génial !

Que s’est-il donc passé pour en arriver là ? L’entreprise, à force de s’ouvrir sur l’extérieur, a franchi le miroir et a cru qu’elle était à l’extérieur… Un « Alice &Co aux Pays des Merveilles du 2.0 » en quelque sorte. Le pays heureux de Facebook, où l’on partage ses photos de fêtes avec le monde entier, ou celui des blogs où l’on présente sa passion pour le jardinage à ses copains…

Le problème c’est que l’entreprise a oublié deux fondamentaux majeurs qui la différencient du monde privé : premièrement elle n’est pas un système démocratique du type un homme/une voix, mais que, en revanche, elle est, par construction et par nécessité, collective et ne peut se contenter de démarches et d’initiatives individuelles et solitaires.
Deux différences majeures qui nous interdisent d’importer à l’identique ce qui marche dans la sphère privée pour l’implanter à l’identique dans l’entreprise. Alors, après avoir, sans succès, imaginé que les collaborateurs allaient se ruer sur les nouveaux outils collaboratifs pour travailler spontanément ensemble, s’échanger des informations et progresser, les entreprises se sont dit que le meilleur moyen de rentabiliser ces nouvelles usines à gaz était de limiter leurs ambitions en les transformant en boîtes à idées virtuelle… Un retour vers le futur en quelque sorte.

Une solution qui plait au patron
Il n’y a rien de pire qu’un mauvais outil qui plait au patron… La boîte à idées est de ceux là (il n’est pas le seul, nous parlerons un jour des baromètres sociaux…) ! Tout d’abord, elle plait car elle donne bonne conscience en ouvrant un espace d’écoute à bon compte : « Il y a un endroit pour vous exprimer alors fermez-là ! ». Une sorte de transposition business de la phrase de Clémenceau, « La Tolérance ? Il y a des maisons pour ça… ».
Elle plait aussi car, si sa mise en œuvre est valorisante et voyante, son utilisation, et donc le retour sur les idées émises peut être discret ; personne n’est au courant des idées émises ni de la considération qui leur est attribuée.
Enfin elle rassure le manager sur le maintien de son pouvoir exclusif de décision : c’est lui et lui seul qui dira tel idée est bonne (j’aurais pu l’avoir) et telle autre ne vaut rien (« Ça ne m’étonne pas, venant de Machin »). Sans oublier qu’il sera facile de trouver une idée qui arrange pour la valoriser et gagner ainsi sur les deux tableaux…

Efficace la première semaine, inefficace pendant des années
Le problème, c’est que si le système plait il n’en est pas moins inefficace. Et pourtant tout commence généralement si bien ! La première semaine les idées affluent, et, généralement elles sont bonnes… Mais la source se tarit très vite et ce pour différentes raisons.
Tout d’abord ce système exclut une partie de la population : les timides, les anxieux de la feuille blanche, ceux qui ne font « que » leur travail comme ceux qui ne font déjà pas leur travail… Bref une population importante qui, comme tout le monde, a des idées méritant d’être entendues. Une fois exprimées les suggestions « évidentes » que chacun aurait trouvées en levant le nez du guidon, c’est cette population qui devrait constituer la réserve nécessaire pour dynamiser le dispositif en l’alimentant. Il n’en est rien.
Ensuite, il exclut également le management de proximité qui se voit réduit au rôle de promoteur de la démarche au risque de se trouver mis en porte-à-faux par les idées produites ou même les commentaires remontés. Par ailleurs, le système est difficile à animer du fait du caractère individuel voire individualiste qu’il suppose. La reconnaissance sous forme « d’employé du mois » ne fait pas frémir d’enthousiasme toutes les populations de l’entreprise.
Sans oublier que, sur le fond, les suggestions auxquelles on ne consacre que peu de temps sont souvent pauvres, peu étayées et dominées par les YakaFokon.

Les raisons d’espérer
Alors faut-il désespérer de l’utilisation des techniques du web 2.0 en entreprise ? Sûrement pas si on prend le problème dans le bon sens : ne pas chercher à utiliser en entreprise ce qui marche dans la sphère privée animé par d’autres ressorts, mais au contraire utiliser les outils 2.0 pour transposer en ligne ce qui marche dans l’entreprise : les groupes de travail, préparés, animés et porteurs objectifs partagés.
L’histoire après tout nous donne raison. Après avoir abandonné les boîtes à idée, l’entreprise a développé les groupes de travail, le management participatif, le management de projet… Nous ne pouvons qu’espérer que cette évolution se retrouvera demain en ligne.
C’est l’ambition que nous nous sommes donnée que nous souhaitons aujourd’hui partager.

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